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Mémoire vivante — Février 2026

Léon Marey, 81 ans :
la mémoire vivante des marins
du bassin

Ancien pêcheur de profession et conteur d'instinct, Léon Marey passe désormais ses après-midis dans notre centre à enseigner aux jeunes les nœuds, les vents et les histoires que la mer lui a confiées.

Léon Marey, pêcheur aux mains tannées, assis à une table avec une corde, enseignant des nœuds marins à deux adolescents dans un centre du patrimoine maritime, lumière matinale depuis une fenêtre
Centre de Boussole, Arcachon, janvier 2026 — Léon Marey démontrant le nœud de chaise à deux collégiens de la classe de 4e. « Ce nœud a sauvé des vies. Il faut le comprendre, pas seulement l'apprendre. »

Léon Marey arrive toujours le premier. Avant que les bénévoles aient ouvert les fenêtres du centre, avant que la cafetière ait fini de cracher son café du matin, lui est déjà là, assis à sa table habituelle, ses grandes mains usées posées à plat sur la toile cirée. À quatre-vingt-un ans, cet ancien pêcheur d'Arcachon se lève encore à cinq heures et demie — une habitude de soixante ans de métier dont il n'a jamais réussi à se défaire.

Léon a pris la mer pour la première fois à l'âge de douze ans, sur la pinasse de son père. À seize ans, il était matelot à plein temps. À trente, il possédait son propre bateau et ses propres parcs à huîtres. Il a traversé les grandes crises de l'ostréiculture girondine — la maladie des huîtres plates dans les années 1970, les hivers glaciaux qui décimaient les parcs, les tempêtes qui emportaient les installations — et a chaque fois recommencé. « La mer ne vous doit rien, dit-il souvent aux jeunes qui l'écoutent. Elle prend et elle donne. On ne négocie pas avec elle. On apprend à la connaître. »

« La mer ne vous doit rien. Elle prend et elle donne. On ne négocie pas avec elle. On apprend à la connaître. »

Depuis deux ans, Léon intervient chaque semaine dans notre programme « Savoirs de l'eau », qui accueille des groupes de collégiens et de lycéens du bassin. Sa spécialité : les nœuds marins. Il en connaît une trentaine et peut les faire les yeux fermés, en moins de dix secondes pour la plupart. Mais ce qu'il transmet dépasse la technique. En montrant comment poser un nœud de chaise ou une demi-clé à capeler, il explique pourquoi ce nœud a été inventé, dans quelle situation il sauve une vie, comment les marins d'autrefois le modifiaient selon la taille du cordage ou l'humidité de l'air. Chaque nœud est une histoire.

Les adolescents, au début réticents — les mains dans les poches, le regard en biais — finissent presque toujours par se laisser prendre. Quelque chose dans la patience de Léon, dans la précision de ses gestes sans jamais une parole d'impatience, crée une confiance inattendue. « Il y a un gamin la semaine dernière, nous confie-t-il en riant, qui ne savait pas faire ses lacets correctement. À la fin de la séance, il refaisait le nœud de pêcheur trois fois de suite sans regarder. Sa tête a changé. Je l'ai vu. »

Au-delà des nœuds, Léon enseigne la lecture du ciel et du vent tels qu'on les pratiquait avant les applications météo. Il montre comment observer la couleur de l'eau pour détecter les bancs de sable, comment distinguer le vent de terre du vent de mer par le bruit qu'il fait dans les palmes des pins. Ce sont des savoirs que ses propres maîtres lui ont transmis oralement, sans manuel ni diplôme, et qu'il tient à transmettre de la même façon : en faisant, en regardant, en répétant.

Nous avons commencé à filmer les sessions de Léon avec une caméra discrète, dans le cadre de notre projet d'archive orale. Ces vidéos rejoindront la base documentaire que nous constituons depuis 2019, accessible aux chercheurs et au grand public. Mais aucune archive ne remplacera jamais la présence de cet homme assis à une table avec une longueur de corde et quelques enfants autour de lui. C'est pour cela que nous courons. Le temps, sur un bassin à marée, ne s'arrête pas.


Vous connaissez un marin, un ostréiculteur ou un pêcheur qui accepterait de témoigner pour nos archives orales ? Contactez-nous — chaque voix compte.


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